COMTE D'EGMONT.
15 ?
sorte d'habileté et de mesure qui ne s’ac-corde guère avec l’imagination vague et in-définie que les Allemands manifestent danstous leurs ouvrages. D’ailleurs il faut del’art, et beaucoup d’art, pour trouver un dé-nouement, car il y en a rarement dans la vie;les faits s’enchaînent les uns aux autres, etleurs conséquences se perdent dans la suitedes temps. La connoissance du théâtreseule apprend à circonscrire l’évènementprincipal et à faire concourir tous les acces-soires au même but. Mais, combiner leseffets, semble., presque aux Allemands del’hypocrisie, et le calcul leur paroît incon-ciliable avec l’inspiration.
Goethe est cependant de tous leurs écri-vains celui qui auroit le plus de moyenspour accorder ensemble l’habileté de l’espritavec son audace; mais il ne daigne pas sedonner la peine de ménager les situationsdramatiques de manière à les rendre théâ-trales. Quand elles sont belles en elles-mêmes, il ne s’embarrasse pas du reste. Lepublic allemand qu’il a pour spectateur àWeimar ne demande pas mieux que de l’at-tendre et de le deviner; aussi patient, aussiintelligent que le chœur des Grecs, au lieu