LES BRIGANDS ET DON CARLOS DE SCHILLER. 3?
îe mettre sur le théâtre, on croyoit quec’étoit manquer d’égards à l’Espagne quede représenter ce fait de son histoire. Ondemandoit à M. d’Aranda, cet ambassadeurd’Espagne connu par tant de traits quiprouvent la force de son caractère et lesbornes de son esprit, la permission de fairejouer une tragédie de don Carlos, que l’au-teur venoit d’achever, et dont il espéroit unegrande gloire : Que ne prencl-il un autre sujet ?répondit M. d’Aranda.—M. l’ambassadeur,lui disoit-on, faites attention que la pièce estterminée, que l’auteur y a consacré trois ansde sa vie.—Mais, Mon Dieu, reprenoit l’am-bassadeur, n’y a-t-il donc que cet évènementdans l’histoire P Qu’il en choisisse un autre.—Jamais on ne put le faire sortir de cet in-génieux raisonnement qu’ appuyoit une vo-lonté forte.
Les sujets historiques exercent le talentd’une toute autre manière que les sujets d’in-vention; néanmoins il faut peut-être encoreplus d’imagination pour représenter l’histoiredans une tragédie que pour créer à volontéles situations et les personnages. Altérer es-sentiellement les faits en les transportant surîa scène, c’est toujours produire une impres-