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que sa première proposition n’avait rien de contraireà notre charte , et qu’ainsi l’établissement de la cen-sure pouvait être durable.
Cette erreur est, n’en doutons pas, ce qui a causéle plus d’inquiétude , et donné le plus d’adversairesà la loi. Je ne recommencerai point ici la troplongue discussion grammaticale qui a eu lieu dansla chambre des députés relativement à l’expressionde réprimer les abus. J’accorde au ministre qu’onpeut dire parfaitement réprimer pour prévenir , cetteacception est même très-commune 5 mais ce qu’ildoit nous accorder aussi, c’est que la liberté de lapresse et la censure préalable sont incompatibles : au-trement il faudrait dire que la liberté de la presseconsiste à pouvoir imprimer ce qu’un censeur per-mettra de publier ; ce qui , traduit ainsi , devientcertainement insoutenable.
Cette conclusion est évidemment juste, et on con-çoit alors combien on a dû être surpris de voir leministre de l’intérieur proposer la censure comme lecomplément de la charte , comme une loi durable ,et comme la première mesure qu’on dût prendrepour nous faire jouir de cette liberté, premier bien-fait donné et garanti par la constitution.
Tout le monde doit convenir de la clarté de l’ar-ticle 8 de la charte constitutionnelle; il établit commeprincipe certain le droit de la liberté de la presse ,c’est-à-dire la faculté d’imprimer sans censure préa-lable, mais en se conformant aux lois répressives ,telles qu’on les trouve dans le code pénal.