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2 (1861)
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ŒUVRES T)E I1ENRI HEINE*

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veilleuse était perchée sur la pointe du joli toit de lamaison, qui savançait, pareil à la clef de voûte duneniche de saint, sur la tête de la belle fileuse. Celle-ciétait assise sur la petite galerie, et filait, non daprès laméthode allemande du rouet, mais daprès ce proeédéimmémorialement antique la quenouille, chargée dechanvre, est retenue sous le bras, pendant que le filcourt autour dun fuseau librement suspendu. Cestainsi que filaient les filles des rois en Grèce, cest encoreainsi que filent les Parques et toutes les Italiennes. Ellefilait et souriait. La colombe restait immobile au-dessusde sa tête, et tout au-dessus de la maison sélançaientles hautes montagnes, dont le soleil faisait étinceler lescimes neigeuses, semblables à une sombre garde degéants, la tête armée de casques dacier.

Elle filait et souriait, et je crois quelle enveloppa moncœur avec son fil, pendant que la voiture marchait pluslentement, à cause du large torrent de lEisach, quibondissait de lautre côté du chemin. Ces traits char-mants furent obstinément présents tout le jour à mapensée; je voyais partout cette gracieuse figure quunstatuaire grec semblait avoir modelée avec le parfumdune rose blanche, léger souffle aérien, apparitiondune noblesse toute divine, comme il lavait peut-êtrerêvée en ses jeunes années, par une tiède nuit de prin-temps. Ces yeux, aucun Grec naurait certainement pules rêver, et moins encore les comprendre. Moi, je lesvis et les compris ces romantiques étoiles, dont les ma-