ŒUVRES T)E I1ENRI HEINE*
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veilleuse était perchée sur la pointe du joli toit de lamaison, qui s’avançait, pareil à la clef de voûte d’uneniche de saint, sur la tête de la belle fileuse. Celle-ciétait assise sur la petite galerie, et filait, non d’après laméthode allemande du rouet, mais d’après ce proeédéimmémorialement antique où la quenouille, chargée dechanvre, est retenue sous le bras, pendant que le filcourt autour d’un fuseau librement suspendu. C’estainsi que filaient les filles des rois en Grèce, c’est encoreainsi que filent les Parques et toutes les Italiennes. Ellefilait et souriait. La colombe restait immobile au-dessusde sa tête, et tout au-dessus de la maison s’élançaientles hautes montagnes, dont le soleil faisait étinceler lescimes neigeuses, semblables à une sombre garde degéants, la tête armée de casques d’acier.
Elle filait et souriait, et je crois qu’elle enveloppa moncœur avec son fil, pendant que la voiture marchait pluslentement, à cause du large torrent de l’Eisach, quibondissait de l’autre côté du chemin. Ces traits char-mants furent obstinément présents tout le jour à mapensée; je voyais partout cette gracieuse figure qu’unstatuaire grec semblait avoir modelée avec le parfumd’une rose blanche, léger souffle aérien, apparitiond’une noblesse toute divine, comme il l’avait peut-êtrerêvée en ses jeunes années, par une tiède nuit de prin-temps. Ces yeux, aucun Grec n’aurait certainement pules rêver, et moins encore les comprendre. Moi, je lesvis et les compris ces romantiques étoiles, dont les ma-