U
ŒUVRES DE HENRI HEINE»
et les sentiments étaient comme étouffés sous la neige,la vie inspiratrice était desséchée et morte en moi;ajoutez la déplorable politique, les regrets que m’arra-chait la mort d’une ravissante créature, un vieux levainde chagrin et le rhume. Et puis, je buvais beaucoup debière, parce qu’on m’assurait que cela rendait le sangléger. Pourtant la meilleure bière attique ne pouvait meréussir, à moi qui m’étais auparavant habitué au porteren Angleterre.
Enfin vint le jour où tout changea. Le soleil perça lesnuages du ciel, et abreuva la terre, ce vieil enfant, dulait de ses rayons. Les montagnes frémirent de plaisir,et leurs larmes de neige coulèrent en abondance, lescroûtes de glace des lacs craquèrent et se fendirent, laterre ouvrit ses yeux bleus, de son sein s’élancèrent lesfleurs amoureuses et les forêts sonores, palais verdoyantsdes rossignols ; toute la nature sourit, et ce sourire s’ap-pelait le printemps. Alors commença aussi en moi unnouveau printemps, de nouvelles fleurs jaillirent de moncœur, des sentiments de liberté, semblables à des roses,puis des désirs tendres comme de jeunes violettes, sansdoute aussi dans le nombre mainte ortie inutile. L’espé-rance étendit de nouveau sa riante verdure sur lestombes de mes désirs éteints, les mélodies de la poésierevinrent, comme des oiseaux voyageurs qui ont passé1 hiver dans la chaleur du midi, et retournent visiter leurnid abandonné dans le nord, et ce cœur du nord délaissérésonna, et s épanouit encore comme autrefois; seule-