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HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE
d’autres pays que le Nord où la construction en pan de bois se borne généralement à des façades assezsimples.
Dans cet ensemble, un morceau offre un intérêt tout particulier, c’est le petit réduit qui est porté enencorbellement au-dessus du débouché du passage qui vient de l’extérieur. Nous avons déjà rencontré biensouvent de ces petits cabinets qui complètent les appartements de l’époque; c’est donc la structure particulièreplus que l’existence même de cetjappendice qui est ici remarquable. Il forme au-dessus du passage une bretèche,soutenue par une demi-voûte en bois dont les nervures viennent reposer sur des corbeaux de pierre. A l’angleextérieur une console forme pendentif et se termine par un ange volant. Sur la console même une figurationétrange qui avait valu à la maison l’un de ses noms populaires de Maison de l’Homme à trois têtes (i) nousmontre un homme assis en costume de bourgeois du xv e siècle avec un triple visage, un pied chaussé et l’autrenu. On s’est perdu, pour expliquer cette fantaisie, en conjectures, dont aucune n’est satisfaisante. Très simpleau contraire et d’un art très fin qui atteste la perfection de métier des hûchiers picards est une console placéeà côté de la bretèche, au départ de la sablière : on y voit un homme à cheval qui paraît représenter le maïeurlui-même dans son costume de cérémonie.
Bibliographie : Aug. Dubois : Maison du Blanc Pignon. Le Mémorial d’Amiens, 17 avril 1869. — Aug. Janvier : LaPicardie historique et monumentale (T. I, fasc. III). — Pierre Dubois : Guide sommaire du touriste à Amiens (1907), p. 92-93 (fig.). —Id.: Les Maisons de bois d'Amiens. Notre Picardie (1907), p. 105 (fig.)
PI. XCVI. — Abbeville. — Maison dite de François I er , 29, rue de la Tannerie.
Pas plus ici que pour la plupart des maisons qui portent le nom du roi-chevalier, la tradition mêmeancienne (elle remonte ici au xvn' siècle) ne saurait se justifier. On a fort bien établi où François I er descendit,
lorsqu’il fit son entrée à Abbeville en i 5 17. C’était à l’Hôtel deJean de Bruges, seigneur de la Gruuthuse et gouverneur dela ville ; à peine a-t-on pu soupçonner, sans aucune preuve etsans même de vraisemblance, que le roi aurait collaboré de sesdeniers à l’achèvement de cette jolie maison de bois, habitationd’un particulier. Quoi qu’il en soit, celle-ci est encore, malgrél’enlèvement déplorable de la cage d’escalier, vendue depuis1907 à des antiquaires, un des plus jolis ensembles que présentela ville d’Abbeville où les constructions de ce genre se sontpourtant bien mieux conservées qu’à Amiens.
Cette maison, qui n’a pas d’histoire, élevait jadis sur la rueCache-Cornaille ou plutôt sur la berge du canal alors ouvert quicoulait au milieu, devant les tanneries, une façade en bois assezsimple avec quelques médaillons et des arcatures ornées d’undécor flamboyant à redents et accolades, décor un peu maigrecomme il s’en voit encore sur une autre maison de la même rueau n° 2. Une porte charretière placée à la droite du corps de logisantérieur, lequel était assez large et comportait au moins deuxpièces de front, conduisait dans la cour sur laquelle se déve-loppait non seulement une façade symétrique à celle de la rueet de même composition, mais une aile en retour. Cette ailecomprenait d’abord à rez-de-chaussée un petit porche (il estaveuglé par un appentis dans notre planche XCVI) sous lequelse trouvait la porte des appartements du rez-de-chaussée, puisle tambour polygonal, orné de panneaux sculptés, de l’escalier qui montait à ceux du I er étage. Au-dessus dela porte et des panneaux pleins, une jolie claire-voie flamboyante éclairait l’intérieur de l’escalier. L’aile secontinuait par un double bâtiment, servant sans doute de commun, que montre notre fig. 45 : la première partiede cette annexe attenant à l’escalier s’élargissait au premier étage par un encorbellement très saillant portésur des consoles en bois ; la seconde, plus basse, présentait avec une jolie lucarne en bois de type gothique
Fig. 43. — Abbeville: Maison dite de François I erAile sur la cour
(1) On la désignait encore sous le nom de Maison du Blanc Pignon ou de Maison où pend l’enseigne de l’Autruche.