NOTICES
HISTORIQUES ET DESCRIPTIVES
PL I à XIV. — Bourges. — Hôtel Jacques Cœur.
L’hôtel que se fit élever le grand financier Jacques Cœur au milieu du xv' siècle dans sa ville nataleest sans contredit l’un des monuments essentiels de l’architecture civile en France et nous avons déjà marquéplus haut sa signification et sa place dans l’évolution de l’art français. Les contemporains le déclarent d’unemagnificence royale; un Italien, passant à Bourges au milieu du xv e siècle, écrit à son sujet ces vers pompeux :
Hic etiam dignas illustri principe vidiAedes quas, summo studio, Argentarius altiRegis , tantum animo quam ditissimus auro,
Non secus ac notus praeclaro nomine Crassus,
Construit;
A l’inverse des résidences royales de ce temps et des autres maisons, aussi somptueuses peut-être, quel’argentier de Charles VII lui-même s’était fait construire en divers lieux, à Montpellier, où il avait établi lecentre de ses affaires commerciales, à Tours où il s’était installé dans le voisinage de la cour, à Paris même,la maison de Bourges s’est remarquablement conservée à travers les siècles. Nous avons enfin la bonnefortune d’en pouvoir dater à quelques années près la construction par les circonstances même de la carrièrebrillante et tragique de son premier possesseur.
Nous savons que c’est en iqq3 qu’il acquit d’un nommé Jean Belin, moyennant la somme de douzecents écus, le fief de la Chaussée qui relevait directement du roi et qui comprenait deux tours des anciensremparts de Bourges, sur lesquelles il appuya la construction de son hôtel. En iq5o, l’italien Antoine Asti,dont nous citions tout à l’heure le témoignage admiratif, écrit que le palais n’était pas encore terminé.Toutefois Jacques Cœur y recevait en iqôo. On sait que, dès iq5i, Jacques Cœur coupable surtout d’êtretrop riche, fut accusé d’avoir empoisonné Agnès Sorel, vendu des armes aux Infidèles, fait de la faussemonnaie et commis des exactions diverses. Il fut arrêté et traîné pendant deux ans de prison en prison. Sesbiens furent confisqués et certainement les travaux de Bourges s’arrêtèrent. Reconnu innocent « au regarddes poisons », il fut néanmoins condamné en iq53 à faire amende honorable et à payer 400.000 écus. Retenuprisonnier, il s’évada et alla chercher refuge auprès du pape qui lui confia le commandement d’une expéditionen Orient. 11 mourut en iq56 dans l’ile de Chio. Mais durant ce temps ses parents et ses amis ne cessaientde faire opposition à l’arrêt de iq53et, en 1467 , deux de ses fils, Ravant et Geoffroy Cœur, soutenus parleurfrère Jean, archevêque de Bourges, furent remis en possession « de la grande maison que leur père avait faitfaire à Bourges avec ses appartenances et dépendances, ensemble le mesnage et ustenciles qui estaient dedans... »
Acheva-t-on à partir de cette date quelques parties laissées en suspens? Transforma-t-on la décorationou l’aménagement de certaines pièces? Cela est possible; mais nous ne pouvons guère discerner dansl’ensemble de l’édifice de parties importantes qui aient été ajoutées après coup à la fin du xv' siècle. Le styleest partout très uniforme et les matériaux identiques; enfin, presque partout où des armoiries ont été relevées,ce sont celles de Jacques Cœur et de Macé de Léodepart, sa femme, morte entre son arrestation et sacondamnation, qui ont été reconnues.