Druckschrift 
Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
Entstehung
Seite
414
Einzelbild herunterladen
 

414

ŒUVHES DE HENUI IIF.INE.

V

avenant et le plus aimable, et son talent est encore sus-ceptible dun grand développement. Une mention ho-norable est encore due à M. Thomas, dont l'operello inti-tulé Mina a beaucoup réussi.

Mais tous ces triomphes ont été surpassés par la voguedu Déserteur, vieil opéra de Monsigny, que lOpéra-Co-mique a exhumé des cartons de loubli. Voilà de la vraiemusique française ! la grâce la plus sereine, une douceuringénue, une fraîcheur semblable au parfum des fleursdes bois, un naturel vrai, vérité et nature, et même dela poésie. Oui, cette dernière nest pas absente, maiscest une poésie sans le frisson de linfini, sans charmemystérieux, sans amertume, sans ironie, sans morbi-dezza, je dirais presque une poésie jouissant dune bonnesanté. Et cette santé est à la fois élégante et rustique.Lopéra de Monsigny me rappela immédiatement lesœuvres de son contemporain, le peintre Grenze : je recon-nus dans la musique de celui- toutes les scènes cham-pêtres que celui-ci a peintes, et je crus retrouver danscertains morceaux de Monsigny le pinceau de Greuze.En écoutant cet opéra, je compris clairement que les artsdu dessin et les arts récitants de la même époque respi-rent toujours un seul et même esprit, et que les chefs-dœuvre contemporains portent tous le signe caractéris-tique de la plus intime parenté.

Je ne puis clore cette lettre sans ajouter que la saisonmusicale nest pas encore finie, et quelle résonne cetteannée, contre toute habitude, jusquau cœur du mois de