Louvre, où sont exposées les antiquités égyptiennes.Le chevalier Spontini s’y tenait depuis près d’uneheure, immobile comme une statue et les bras croisés,devant une grande momie, dont la pompeuse dépouilledorée annonce un roi. C’était même, dit-on, ce fameuxroi Aménophès, sous le règne duquel les enfants d’Israëlquittèrent le pays d’Égypte. Mais Spontini rompit enfinson silence, et s’adressa en ces termes à l’auguste mo-mie : « Malheureux Pharaon ! tu es cause de mon mal-heureux sort. Si tu n’avais pas laissé partir du paysd’Égypte les enfants d’Israël, ou si tu les avais tous faitnoyer dans le Nil, noyade dont tu avais déjà fait un boncommencement, je n’eusse pas été expulsé de Berlinpar Meyerbeer et Mendelsohn, et j’y dirigerais toujoursle grand Opéra et les concerts de la cour de ton con-frère sa majesté royale de Prusse. Malheureux Pharaon,faible roi des crocodiles, c’est grâce à tes demi-mesuresque je suis maintenant un homme ruiné — et Moïse etHalévy et Mendelsohn et Meyerbeer ont vaincu ! »Voilà les discours que tient l’infortuné, et nous ne sau-rions lui refuser notre commisération.
Quant à Meyerbeer, son Prophète , comme je l’aiindiqué tout à l’heure, ne viendra pas de si tôt. Lui-même cependant, à ce que mandent les journaux, nefixera pas pour toujours sa résidence à Berlin. Il séjour-nera alternativement, comme par le passé, la moitié del’année ici à Pans, et l’autre moitié à Berlin, chose àlaquelle il s’est formellement engagé. Sa position rap-