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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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mystifie son indiscret interlocuteur, nous nous borneronsaujourdhui à donner à tout amateur de musique le con-seil daller manger chez Broggi une portion de ravioli,et de rester ensuite également quelques instants devantla porte de la trattoria pour regarder lédifice du grandOpéra. Cet édifice ne se distingue pas par un luxe bril-lant, il a plutôt lextérieur dune écurie fort convenable,et le toit en est plat. Sur ce toit sont établies huit grandesstatues représentant des muses. La neuvième manque,et, hélas! cest justement la muse de la musique. Surîabsence de cette honorable muse, les plus singulièresinterprétations ont cours dans le public. Des gens pro-saïques disent quune tempête la renversée du toit. Descœurs plus poétiques prétendent, au contraire, que laPolymnie sest précipitée en bas elle-même, dans unaccès de désespoir causé par le chant misérable deM. Duprez. Cest toujours possible; la voix de verre fêléde Duprez est devenue si discordante quaucun être hu-main, et dautant moins une muse, ne peut plus y tenirdentendre de pareils sons. Si cela dure encore plus long-temps, les autres filles de Mnémosine se précipiterontégalement du haut du toit, et il y aura bientôt du dangerà passer le soir par la rue Lepelletier. Pour la mauvaisemusique qui règne ici depuis quelque temps à létat épi-démique au grand Opéra, je nen veux pas parler dutout. Dentre les compositeurs du moment, Donizetti estencore le meilleur, lAchille. On peut donc se faire aisé-ment une idée des héros inférieurs. A ce quon me dit,