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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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LU TKCE.

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valle entendu signor Sivori; Porzia, la judicieuse prin-cesse, dirait : « Puisque le bon Dieu le donne pourun homme, je veux le prendre pour tel; » mais jaià surmonter beaucoup de répugnance pour lui faire cecompliment. Alexandre Batta a également donné cetteannée un très-beau concert; il pleure toujours sur songrand violoncelle toutes les petites larmes enfantines deson corps. A cette occasion, je pourrais aussi louerM. Sélighausen; il en a besoin.

Ernst a été ici. Mais par caprice il na pas voulu don-ner de concert ; il se plaît à ne jouer que chez des amis.Cet artiste est aimé et estimé ici. Il le mérite. Il est levrai successeur de Paganini, il a hérité du violon enchan-teur avec lequel le Génois savait émouvoir les pierres,et même les bûches. Paganini qui, avec le plus légercoup darchet, nous conduisait tantôt sur les hauteursles plus inondées du soleil, et tantôt faisait plonger nosregards dans les plus noires abîmes, possédait, il estvrai, une force plus magique; mais ses ombres et seslumières étaient parfois trop saccadées, trop crues, sescontrastes trop tranchés, et les accents merveilleux,il semblait évoquer les voix les plus mystérieuses de lanature, étaient souvent leffet dun hasard et même duneméprise artistique. Ernst est plus harmonieux, et lesteintes molles prédominent chez lui. Il a cependant'uneprédilection pour le fantastique et même le baroque,pour ne pas dire le scurrile, el beaucoup de ses compo-sitions me font souvenir des bizarres contes dramatisés