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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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pourrait bien que notre Franz Liszt fût réellement très-généreux par nature. Je me plais à le croire noble quoi-que anobli, et je suis persuadé qu’il est exempt del’amour de l’argent, ce vice crasseux, qui infecte tant devirtuoses, surtout les Italiens, et que nous trouvonsmême chez le doucereux et suave Rubini, sur l’avariceduquel on raconte une anecdote très-plaisante, que je nepuis me refuser de rapporter. Le célèbre chanteur avait,de compagnie avec Franz Liszt, entrepris une tournéed’artiste en compte à demi, et ils devaient partager leprofit des concerts qu’ils donneraient dans différentescapitales. Le grand pianiste, qui se fait accompagneren tous lieux par l’intendant général de sa célébrité, lesignor Belloni, homme très-dévoué et, comme on dit,d’une probité très-rare chez les cornacs des virtuoses,le grand pianiste chargea donc à cette occasion le si-gnor Belloni de toutes les fonctions qui concernent lapartie banale des affaires. Mais lorsqu’à la fin de sagérance, le signor Belloni rendit ses comptes, Rubini re-marqua à sa grande stupéfaction que parmi les dépensescommunes le comptable avait marqué aussi une très-fortesomme pour des couronnes de laurier, des bouquets defleurs, des poèmes de louange et d’autres frais d’ova-tion. L’ingénu chanteur s’était imaginé qu’on l’avaitcomblé de pareilles marques d’approbation à cause desa belle voix ; se voyant détrompé, le rossignol italien (entra dans une colère bouillante et ne voulut pointpayer les bouquets, dans lesquels se trouvaient peut-êtr