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ŒUVRES DE HENRI 1IEINE.
Oui, en France la pauvreté est le triste lot des grandspenseurs et sauveurs de l’humanité, mais à cette pau-vreté ne s’associe pas le mépris, comme en Angleterreet chez nous en Allemagne. Quelque développementque gagne en France le contagieux désir du gain del’industrialisme, la pauvreté de certains hommes pu-blics y est cependant parfois un vrai titre d’honneur,et je serais presque tenté de soutenir que la richesse,donnant lieu à un soupçon d’improbité, marque enquelque sorte d’un stigmate secret, d’une le vis nota, lesgens d’ailleurs les plus exempts de blême. La cause enest peut-être, qu’on connaît chez tant d’individus lessources impures, d’où sont découlées les grandes ri-chesses. Un poète a dit : « Le premier roi fut un soldatheureux !» — A l’égard des fondateurs de toutes nosmodernes dynasties financières en Europe, nous pour-rions peut-être avancer le mot prosaïque que le premierbanquier a été un heureux fripon. Le culte de la ri-chesse est à la vérité aussi répandu en France qu’end’autres pays, mais c’est un culte sans respect sacré :les Français dansent également autour du veau d’or,mais leur danse est en même temps une moquerie, unpersiflage, une satire sur eux-mêmes, une espèce decancan. C’est un phénomène remarquable, qui s’ex-plique en partie par la nature généreuse des Français,en partie par leur histoire. Sous l’ancien régime, lanaissance seule avait du prix, le seul nombre des aïeuxdonnait la considération, et l’honneur était un fruit de