UITKCR.
375
ture à une perfection encore plus grande ; que Dieu soitalors en aide à Cousin, si dans l’intervalle il n’a pas faitégalement des progrès !
Pierre Leroux peut avoir maintenant cinquante ans,du moins il en a l’air; peut-être il est plus jeune. Corpo-rellement il n’a pas été favorisé de la nature avec tropde profusion. Une forme trapue, robuste et à forte car-rure, qui n’a nullement acquis quelque grâce par les tra-ditions du monde élégant. Leroux est enfant du peuple,il était dans sa jeunesse ouvrier, je ne sais de quel mé-tier, et il porte encore aujourd’hui dans son extérieur lestraces du prolétariat. Il a probablement à dessein dédai-gné le vernis du monde, et s’il est capable d’une coquet-terie, d’une affectation quelconque, c’est peut-être cellede persévérer obstinément dans la rudesse primitive. Ily a des hommes qui ne portent jamais de gants, parcequ’ils ont des mains blanches et petites, auxquelles onreconnaît la race aristocratique. Pierre Leroux ne portepas de gants non plus, mais c’est certainement pour detout autres raisons. C’est un amateur du renoncementascétique, un ennemi du luxe et de tout plaisir des sens,et la nature lui a facilité la vertu. Mais nous n’en recon -naissons pas moins hautement la noblesse de ses senti-ments, le zèle avec lequel il a sacrifé à la pensée tous lesintérêts personnels, en général son suprême désintéres-sement, et nous sommes surtort éloignés de vouloir dé-précier le diamant brut pour la raison qu’il n’a pas un jolibrillant, et qu’il se trouve mcine enchâssé dans du plomb.