chette de décorations, s’y montraient accompagnés deleurs épouses plus ou moins biscornues et de leurs fdlesaux blonds cheveux, aux blondes dents et aux blondesmains. On y entendait parfois de très-excellents pianisteset violonistes, des virtuoses nouveaux débarqués quiavaient été embauchés et recommandés par des vendeursd’finies à la maison Léo, et qui se laissaient exploitermusicalement dans les soirées de cette maison. Là lesdoux accents de la langue maternelle, avec les into-nations nasillardes les plus naïves, saluaient le bien-venu d’outre-Rhin. Là on parlait le plus purementl’idiome du Dreckwall, ce ghetto le plus fashionable deHambourg, et quand ces sons classiques chatouillaientles oreilles d’un Allemand, il était ravi comme s’il sen-tait de nouveau les parfums du canal de Moenkedamm.Mais lorsqu’on chantait Y Adélaïde de Beethoven, onvoyait couler là les larmes les plus sentimentales ! Oui,cette maison était une oasis de sentimentalité allemandeau milieu des sables égoïstes du monde français — uneoasis florissante et odoriférante, où prédominait une dé-licieuse senteur d’ail, cet antique arôme qui fait rêveret rappelle la vie patriarcale sous les tentes de 1 Arabie.Le sentiment y régnait, non la froide raison. C étaitun verdoyant berceau de la jaserie la plus intime, oùl’on devisait sur les affaires du voisin, où 1 on déblatéraitcontre la vie privée et le manque de principes du pro-chain, oii l’on arrosait aussi parfois la patriotique mé-disance avec un rafraîchissant verre de bière O cœur
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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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