Ll’TÈCE.
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dans ce moment un brillant morceau de piano à deuxmains gauches. ) Ces sons criards et durs, sans grada-tion naturelle en s’élevant ou en mourant, ces notesstridentes et sèches, ces roulements archi-prosaïques,tantôt sourds, tantôt aigus, ce forte-piano enfin tuetoutes nos pensées et tous nos sentiments, et nous deve-nons hébétés, abasourdis, idiots. Cette rage universellede tapoter sur le piano, et surtout les tournées triom-phantes des virtuoses du clavecin, sont caractéristiquespour notre époque, et marquent spécialement la victoiredes arts mécaniques sur l’esprit. La perfection technique,la précision d’un automate, l’identification du musicienavec le bois tendu de cordes, la transformation del’homme en instrument sonore, voilà ce qui est aujour-d’hui prôné et exalté comme le comble de l’art. Sem-blables à des essaims de sauterelles, les tapoteurs dupiano-forte s’abattent chaque hiver sur Paris, moinspour y gagner de l’argent que pour s’y faire un nom,qui leur procure dans d’autres pays une moisson pécu-niaire d’autant plus abondante. Paris leur sert en quel-que sorte de poteau d’affiches, où leur gloire est impri-mée en lettres colossales. Je dis que leur gloire est iciimprimée, car c’est la presse de Paris qui l’annonce aumonde croyant, et ces virtuoses s’entendent en véritablesvirtuoses à l’art d’exploiter les journaux et les journa-listes. Ils savent même gagner prise sur les plus récal-citrants, car les hommes sont toujours des hommes, ilssont sensibles à la flatterie, ils aiment aussi à jouer un