27 () ŒUVRES DE HENRI HEINE.
son rude et sauvage bonnet à poil d’ours, que j’euspeine à me contenir, et sa baïonnette avait réellementquelque chose d’intelligent, de cette intelligence parlaquelle les baïonnettes de la garde nationale se dis-tinguent d’une façon si rassurante de celles d’autrescorporations. Mais pourquoi ma joie en revenant à Parisétait-elle cette fois si excessive, que je m’en sentaispresque enivré comme si je remettais le pied sur le douxsol du pays natal, comme si j’entendais de nouveaules accents de la patrie ? Pourquoi Paris exerce-t-il untel charme sur les étrangers qui ont vécu quelques an-nées dans son enceinte ? Beaucoup de braves gensd’entre nos compatriotes résidant dans cette ville, sou-tiennent qu’en aucun endroit du monde l’Allemand nepeut mieux se sentir chez lui que justement à Paris, etque la France elle-même n’est, après tout, pour noscœurs rien autre qu’une Allemagne française.
Mais cette fois ma joie est doublement grande à monretour : je viens d’Angleterre; oui, d’Angleterre, quoi-que je n’aie pas traversé le détroit. C’est que j’ai séjournépendant quatre semaines à Boulogne-sur-Mer, qui estdéjà une ville anglaise. On n’y voit rien que des Anglais,et on n’y entend rien que de l’anglais du matin au soir,et hélas! même la nuit, quand on a le malheur deposséder des voisins de chambre qui jusque bien avantdans la nuit font de la politique auprès du thé et dugrog ! Durant quatre semaines je n’entendis rien que cesaccents sifflants de l’égoïsme, où chaque syllabe, chaque