été faite depuis est également un chef-d’œuvre de per-fection technique. Delaroche montre une singulièreprédilection, pour ne pas dire idiosyncrasie, dans lechoix de ses sujets. Ce sont toujours d’éminents person-nages, principalement des rois ou des reines, qu’onexécute ou qui du moins sont échus au bourreau.M. Delaroche est le peintre ordinaire de toutes les ma-jestés décapitées. C’est un artiste lugubrement cour-tisan , qui a mis sa palette au service de ces hauts ettrès-hauts délinquants, et son esprit en est préoccupémême lorsqu’il fait les portraits de potentats morts sansle ministère de l’exécuteur des hautes œuvres. C’estainsi que, dans son tableau de la Mort d'Élisabethd'Angleterre, nous voyons la reine aux cheveux gris serouler de désespoir sur le parquet, tourmentée à sonheure suprême par le souvenir du comte Essex et deMarie Stuart, dont son œil fixe semble voir apparaîtreles ombres sanglantes. Ce tableau est un des ornementsde la galerie du Luxembourg, et il n’est pas aussi hor-riblement banal ou banalement horrible que les autrespeintures de genre historique du môme maître, toilesfavorites de la bourgeoisie, de ces braves et honnêtescitadins qui regardent les difficultés vaincues comme lezénith de l’art, qui confondent l’effroyable avec le tra-gique, et qui se laissent volontiers édifier par desexemples de grandeurs déchues, dans la douce convic-tion où ils sont de trouver leurs propres chères per-sonnes à l’abri de semblables catastrophes, au sein de
Druckschrift
Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
Seite
226
Einzelbild herunterladen
verfügbare Breiten