222 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
attaque la santé bien plus gravement que le brûlantsirocco du désert; enfin, que l’air de Paris lui convientmal. Le vrai rival de l’obélisque de Luxor est toujoursle trophée élevé à Napoléon, la colonne Vendôme. Est-elle solide? Je ne sais, mais elle se trouve à sa véritableplace, en harmonie avec son entourage. Elle se basefidèlement sur le sol national, et tout ce qui s’attache àce dernier possède un ferme appui. Un appui complète-ment ferme? Non, ici en France rien n’est ferme tout àfait. Déjà une fois les orages ont arraché du faîte de lacolonne Vendôme le chapiteau, l’homme de fer quipose sur son fût, et en cas que les communistes par-vinssent au gouvernement, le même accident pourraitlui arriver une seconde fois, ou bien môme la raged’égalité radicale serait capable de renverser toute lacolonne afin que ce monument et symbole de la gloirefut entièrement rasé de la terre : aucun homme et au-cune œuvre humaine ne doit, d’après ces égalitairescommunistes, surpasser une certaine mesure commu-nale, et l’architecture aussi bien que la poésie épiqueest menacée de ruine. « À quoi bon de nos jours unmonument en l’honneur d’ambitieux assassins et mi-trailleurs des peuples! » c’est ainsi que j’entendiss’écrier dernièrement un niveleur enragé, à propos duconcours pour les modèles du mausolée impérial;« cela coûte l’argent nécessaire au soulagement de lamisère des pauvres gens, et nous le briserons tout deinème quand viendra le jour! » Oui, le héros mort au-