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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
ce Napoléon Bonaparte qu’on voyait enterrer, avaitdepuis longtemps, aux yeux de la nation actuelle, passédans le domaine de la tradition, auprès des ombres glo-rieuses d’Alexandre de Macédoine, de Jules César* et deCharlemagne, et tout à coup, pendant une froide journéed’hiver, il reparaît au milieu des vivants, sur un chard’or, orné de Victoires d’or, char triomphal qui s’avancefantastiquement à travers les blancs brouillards du matin.
Mais ces brouillards s’évanouirent soudain comme parmiracle, lorsque le convoi impérial arriva dans lesChamps-Elysées. A ce moment, le soleil perça lessombres nuages et baisa pour la dernière fois son favori,versant des reflets roses sur les aigles impériales quiprécédaient le convoi, et rayonnant comme avec ten-dresse et compassion sur les pauvres et rares débris deces légions formidables cpii avaient jadis conquis lemonde au pas de charge,, et qui maintenant, dans desuniformes vieillis, avec des membres débiles et desmanières surannées, suivaient en chancelant le corbil-lard victorieux comme des parents en deuil. Ces inva-lides de la grande armée, soit dit entre nous, avaientl’air de caricatures, d’une satire sur la gloire, de cou-plets injurieux contre le triomphateur mort, commeles soldats romains en chantaient derrière le char detriomphe d’un César vivant.
La muse de l’histoire a gravé ces obsèques dans sestablettes comme un fait remarquable; mais pour le tempsactuel cet événement est de moindre importance, et