les horreurs de l’ancien régime sont encore vivementempreintes dans le souvenir de ces pauvres gens, et lesnobles seigneurs ont pesé assez terriblement sur la Bre-tagne. Vous vous rappelez peut-être le passage deslettres de madame de Sévigné, où elle raconte que lesvilains et roturiers mécontents avaient jeté des pierresdans les fenêtres du gouverneur général, et que lescoupables avaient été exécutés de la manière la pluscruelle. Le nombre de ceux qui moururent sur la rouedoit avoir été très-grand, car lorsque ensuite on pro-céda par la corde, madame de Sévigné fit observertout naïvement : qu’après tant d’exécutions par laroue, celles par la corde, les pendaisons, lui sem-blaient un vrai rafraîchissement! Le manque d’amourpour les nobles est compensé chez le peuple breton pardes promesses, et un pauvre Breton qui s’était montréactif dans chaque levée de boucliers légitimistes, et quin’y avait gagné que des blessures et de la misère, m’a-voua que cette fois il était sûr de sa récompense, parceque Henri V, à son retour, paierait à chacun qui auraitcombattu pour sa cause, une pension viagère de cinqcents francs.
Mais si le peuple en Bretagne n’a que des sympathiestrès-tièdes et très-désintéressées pour l’ancienne aristo-cratie , il suit d’autant plus aveuglément toutes lesinspirations du clergé, sous la dépendance morale etphysique duquel il naît, vit et meurt. De même quele Breton du temps antique des Celles obéissait au