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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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cest que largent roule parmi le peuple, surtout dans lacapitale. » Cest ainsi quau dire de Spontini, samajesté le roi de Prusse sétait exprimée pour sexcuseren quelque sorte de sacrifier à Meyerbeer, lui, lauteurde la Vestale. Lorsque je lui fis observer que cétait aufond très louable dans un roi, de faire un tel sacrificepour le bien-être de sa capitale Spontini minterrompiten sécriant : « Oh, vous vous trompez ! le roi dePrusse ne protège pas la mauvaise musique pour desraisons déconomie politique, mais bien plutôt parcequil hait lart musical, et quil est sûr de le ruiner parlexemple et la direction dun homme qui, dénué detout sentiment pour le vrai et le sublime, ne veut queflatter la grossière multitude. »

Je ne pus mempêcher davouer franchement à moninterlocuteur, que ce nétait pas prudent de sa part,de refuser toute espèce de mérite à son rival.« Rival ! » sécria tout courroucé le furieux Italien, etil changea dix fois de couleur, jusquà ce que la jauneeût enfin repris le dessus ; puis se modérant, il medemanda dun ton moqueur et en grinçant des dents :« Êtes-vous bien certain que Meyerbeer soit en effet lecompositeur de la musique quon joue sous son nom ? » Je ne fus pas peu surpris de cette question extra-vagante, et à mon grand étonnement jappris queMeyerbeer avait acheté en Italie les compositions dequelques musiciens nécessiteux, et quil en avait fabriquédes opéras qui étaient tombés, parce que le fatras