84 ŒUVRES I)E HENRI HEINE.
spontiniens, où le sol soit ferme; la ruse montre icile bout de ses longues oreilles qui ne sont pas préci-sément celles du renard. Cet homme veut absolumentquitter Berlin, où il ne peut plus tenir depuis qu’on ydonne les opéras de Meyerbeer. Déjà il y a un an, ilvint pour quelques semaines à Paris, et courut du matinau soir chez toutes les personnes influentes, pourbriguer l’honneur d’être appelé en cette ville. Commela plupart des Parisiens le croyaient mort depuis long-temps , ils ne s’effrayèrent pas peu de sa soudaineapparition. L’agilité astucieuse de ce fantôme, de ceméchant spectre, avait en effet quelque chose d’effrayantet de fantastique. M. Duponchel, le directeur du grandOpéra, ne le reçut pas du tout, et s’écria avec terreur:«Dieu me préserve de cette momie intrigante; j’ai déjàassez à souffrir des intrigues des vivants!» Et cepen-dant M. Maurice Schiesinger, l’éditeur des opéras deMeyerbeer — car c’est par cette âme honnête et sincèreque le chevalier Spontini fit annoncer d’avance savisite à M. Duponchel — avait mis en œuvre toute sonéloquence cicéronienne pour procurer un bon accueil àson client. Dans le choix de cet intermédiaire, M. Spontinifit preuve de toute sa sagacité. Il la fit voir aussi dansd’autres occasions; par exemple , quand il parlait malde quelqu’un, il le faisait ordinairement chez les amisles plus intimes de la personne vilipendée. Il racontaitaux écrivains français qu’à Berlin il avait fait emprison-ner pour six mois un écrivain allemand qui avait écrit