C8 ŒUVRES DK HENRI II F. INK.
rieuses, des mines de sombre fureur et d’angoisse mor-telle ! Pendant ce temps, le bourreau exerce la torture,et, martyrisé sur le chevalet de la question, le juif deDamas avoue qu’à l’approche des fêtes pascales il luiavait fallu un peu de sang chrétien pour tremper sonpain sec des azymes, et qu’à cet effet il avait saigné àmort un vieux capucin ! Le Turc de la Syrie est sot etméchant, et il met volontiers ses instruments de baston-nade et de torture à la disposition des chrétiens contreles juifs accusés; car les deux sectes lui sont égalementodieuses, il regarde les adhérents du Christ et de Moïsecomme des chiens, il leur donne aussi ce nom d’hon-neur, et il se réjouit certainement quand le giaour chré-tien lui fournit l’occasion de maltraiter avec quelqueapparence de justice le giaour juif. Attendez seulement !Lorsque ce sera dans l’intérêt du pacha, et qu’il n’auraplus à craindre l’intervention armée des Européens, ilécoutera aussi le chien circoncis, et ce dernier accuserales chiens baptisés, Dieu sait de quel méfait horrible.Aujourd’hui enclume, demain marteau !
Mais pour l’ami de l’humanité, de pareils événementsseront toujours un crève-cœur. Les lugubres symptômesde cette espèce sont déjà un malheur dont les consé-quences peuvent devenir incalculables. Le fanatisme estun mal contagieux, qui se répand sous les formes lesplus différentes, et exerce à la fin ses ravages contre noustous. Le consul de France à Damas, le comte Ratti-Alenton, s’est rendu coupable de choses qui ont soulevé