blâme sa condescendance pour l'étranger ; mais per-sonne n’ose s’élever hautement contre cette faiblesse.Louis-Philippe, ce bonhomme et ce bon père de famille,exige dans le cercle des siens une obéissance aveugle,telle que le plus furieux despote ne l’a peut-être jamaisobtenue à force de cruautés. Le respect et l’amourenchaînent la langue de sa famille et de ses amis ; c’estun malheur, et cependant il pourrait bien se présenterdes cas où une opposition respectueuse contre la vo-lonté individuelle du roi, serait la chose la plus salu-taire. Même le prince royal, le duc d’Orléans, ce jeunehomme si sensé, incline en silence la tête devant sonpère, quoiqu’il comprenne ses fautes et qu’il semblepressentir de tristes conflits, sinon une horrible catas-trophe. D’après ce qu’on rapporte, il a dit un jour à unde ses confidents qu’il souhaitait voir arriver une guerre,parce qu’il aimerait mieux përdre la vie dans les flots duRhin que dans un sale ruisseau de Paris. Ce jeunehomme, magnanime et chevaleresque, a des momentsmélancoliques dans lesquels il raconte que sa tante,Madame d’Angoulême, la fille non guillotinée deLouis XVI, lui avait, de sa voix rauque de corbeau,prophétisé une mort malheureuse et prématurée; c’étaitpendant les journées de juillet, lorsque dans sa fuite,cet oiseau de mauvais augure avait rencontré dans levoisinage de Paris le prince qui retournait tout joyeux àla capitale. Chose singulière! quelques heures aprèscette rencontre, le prince fut en danger d’être fusillé par
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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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