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1 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

Und küssen sie, das sey dein dankFur schirmung, plege, speis' und trankDu liebes vaterland.

(A la frontière d’Allemagne, nous remplissons encorenos mains avec de la terre, et nous la baisons : que cesoit notre remerciement pour l’abri, les soins de l’en-fance, la nourriture et le breuvage que tu nous as don-nés, douce patrie ! )

Je n’ai pu retenir dans ma mémoire que ces versde la chanson que j’avais entendue dans mon enfance;et ils me sont revenus à l’esprit chaque fois que j’aipassé la frontière d’Allemagne. Je ne sais pas non plusgrand’chose sur l’auteur, sinon que c’était un pauvrepoète allemand; qu’il fut détenu la plus grande partie desa vie dans une forteresse, et qu’il aimait la liberté. Ilest mort et vermoulu depuis longtemps, mais sa chansonvit encore ; car on ne peut jeter dans une forteresse laparole, et l’y faire pourrir.

Je vous jure que je ne suis pas un patriote ; et si j’aipleuré ce jour-là, ce fut à cause de la petite fille. Le soirapprochait, et une toute petite fille allemande que j’avaisdéjà remarquée parmi les émigrants, était debout sur lagrève, comme absorbée dans ses réflexions, et regardaitdans l’éloignement de la vaste mer. La pauvre petitepouvait bien avoir huit ans ; elle portait deux joliespetites tresses de cheveux, un petit jupon souabe, court,