XII
Si l’aubergiste de la Vache-Rouge eût été une Espa-gnole, elle aurait peut-être empoisonné mon ordinaire;mais, comme elle était Hollandaise, elle m’envoya undîner détestable. Nous subîmes dès le lendemain lesconséquences de sa mauvaise humeur féminine. Le pre-mier plat était : absence de potage. Cela était épouvan-table , ‘surtout pour un homme bien élevé comme moi,qui, depuis son enfance, a mangé tous les jours du po-tage, et n’avait pu jusqu’alors imaginer un monde où lesoleil ne se levât pas tous les jours, et où l’on ne servîtpas tous les jours le potage. Le second plat consistaiten vache, qui était froide et dure comme la vache deMyron. Venait, en troisième, un turbot qui sentait de labouche comme un homme. Le quatrième plat était ungrand poulet, qui, loin d’être disposé à satisfaire notrefaim, semblait lui-même avoir grand faim, tant il étaitmaige et consumé, au point que la pitié nous empêchade le manger.
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