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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
n’ont pas toujours le bonheur de s’entendre... Et puis,ils ne vivent pas éternellement comme nous; ils sontmortels, et il ne leur est accordé que pour très-peu detemps de chercher le bonheur; il leur faut le saisir à lavolée et le serrer contre leur cœur avant qu’il ne leuréchappe... C’est pourquoi leurs chants d’amour sont sitendres, si intimes, si douloureux, superbes avec tantde désespoir, bizarre mélange de joie et de peine... Lapensée de la mort jette son ombre mélancolique sur leursplus belles heures de félicité, et les console doucementdans le malheur. Ils peuvent pleurer. Quelle poésie ren-ferme une telle larme d’homme !
— Entends-tu, dis-je alors à Jadviga, comme ilsparlent de nous là-bas?... Embrassons-nous, pour qu’ilsne nous plaignent plus ; bien plus, pour qu’ils nousportent envie ! Mais la bien-aimée me regarda avec unamour infini et sans répondre un mot. Je l’avais em-brassée en silence. Elle pâlit, et un frisson froid courutsur ses traits charmants. Elle se laissa aller, raide etimmobile comme un marbre blanc, entre mes bras, etje l’aurais crue morte, si deux grands ruisseaux de larmesn’eussent coulé sans cesse de ses yeux,... et ces larmesm’inondèrent pendant que je serrais convulsivement dansmes bras la douce créature...
Soudain j’entendis la voix criarde de mon hôtesse, quim’arracha à mon songe. Elle était debout devant monlit, une lanterne à la main, et me pria de l’accompagner.Jamais je ne l’avais vue si laide. Elle était en chemise,