s’établissait auprès de lui devant sou foyer et lui faisaitun long sermon sur sa vie gaillarde, sur ses habitudesjoyeuses et antichrétiennes, sur son ivrognerie, sur ledésordre de son ménage et sa jovialité endurcie, J anl’écoutait tranquillement pendant des heures entières,ne trahissant pas la moindre contrariété de ce longprêche de pénitence, et il ne l’interrompit qu’une seulefois par ces mots:— Oui, domine; mais la lumièrefrapperait bien mieux de cette façon. Je vous en prie,domine, tournez un peu votre siège devant la cheminée,afin que la flamme éclaire de son reflet rouge tout votrevisage, pendant que le reste du corps demeurera dansl’ombre...
Le domine se leva furieux et s’en alla. Mais Jan saisittout de suite sa palette, et peignit le vieux et sévèreprédicateur tout à fait dans l’attitude sermoneuse qu’ilavait eue, servant de modèle sans s’en douter. Ce por-trait est admirable : il était suspendu dans ma chambreà coucher à Leyde.
Ayant vu en Hollande tant de tableaux de Jan Steen,c’est pour moi comme si je connaissais toute la vie de cethomme. Oui, je connais toute sa parenté, sa femme, sesenfants, sa mère, tous ses cousins, ses ennemis intimeset tout son entourage; je les connais tous chacun parleur figure. Toutes ces têtes nous saluent dans les ta-bleaux de Jan Steen, et la collection complète de sesœuvres serait la biographie du peintre. Il y a souventdivulgué d’un seul coup de pinceau les secrets les plus