338 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
l’apocalypse de saint Jean. C’était un bel homme, dansla force de l’âge, ayant environ trente-cinq ans, très-sérieux et très-posé en chaire. Un jour que je vouluslui faire une visite chez lui, et que je ne trouvai per-sonne dans l’antichambre, je vis, par la porte entr’ou- ^
verte d’un cabinet voisin, un curieux spectacle. Cecabinet était décoré moitié à la chinoise, moitié à la ^
Pompadour. Aux murs pendaient des tentures de damas ^
brochées d’or, le parquet était recouvert d’un précieux ’ ^
tapis de Perse ; partout se voyaient de bizarres pagodesde porcelaine, des colifichets en nacre, des fleurs, desplumes d’autruche, et des pierres précieuses. Les siègesétaient de velours rouge, avec des pompons d’or, etparmi ces sièges s’en trouvait un plus élevé qui avaitl’air d’un trône, et sur lequel était assise une petite fillequi pouvait bien avoir trois ans, qui était vêtue de satinbleu brodé d’argent, mais à ia vieille mode rococo, ettenait d’une main un éventail de plumes de paon, enmanière de sceptre, et de l’autre une couronne de lau-rier fanée. Devant elle, se roulaient sur le parquetmynheer Vander Pissen, son petit nègre, son caniche etson singe. Ces quatre personnages se prenaient auxcheveux et se mordaient réciproquement, pendant quel’enfant et le perroquet vert sur son bâton ne cessaientde crier bravo ! A la fin, mynheer se releva, plia le ge-nou devant l’enfant, vanta dans un discours latin fortsérieux le courage avec lequel il avait combattu et vaincuses ennemis, se fit mettre sur la tête par la petite la