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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
leinent, lui exposait fort tranquillement son systèmesans retirer sa pipe de la bouche, et lui soufflait alorsses subtils arguments avec les bouffées de tabac les plusépaisses, au point que le petit homme suffoquait presquede fumée et de colère, et gémissait d’un ton toujoursplus étouffé et plus plaintif : O Dieu ! ô Dieu ! Mais Dieune l’assistait jamais, quoiqu’il défendît sa cause.
En dépit de cette indifférence divine, de cette ingrati-tude presque humaine de Dieu, le petit Simson demeurapourtant le champion constant du déisme, et par incli-nation innée, je crois ; car ses pères appartenaient aupeuple élu de Dieu, au peuple que Dieu protégea jadisde son affection spéciale, et qui, en conséquence, aconservé jusqu’à cette heure un certain attachementpersonnel pour le bon Dieu. Les juifs sont toujours lesdéistes les plus obéissants, surtout ceux qui, comme lepetit Simson, sont nés dans la ville libre de Francfort.Dans les questions politiques, ils peuvent être d’opinionaussi révolutionnaire que possible, et même se vautrerdans la boue en vrais sans-culottes ; mais que les idéesreligieuses soient mises sur le tapis, ils restent alors leshumbles valets de leur vieux fétiche, qui ne veut pour-tant plus entendre parler de leur séquelle, et s’est faitbaptiser Dieu pur esprit.
Je crois que ce Dieu pur esprit, ce parvenu du ciel^qui est maintenant si moral, si doux, si cosmopolite, siuniversel, si civilisé, conserve un secret mauvais vouloircontre les pauvres juifs, qui l’ont connu avec ses pre*