304 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
dide paysage montagnard au printemps. Elle était élan-cée comme le peuplier et vive comme un écureuil; elleavait la peau tellement délicate, que la piqûre d’uneépingle à cheveux lui causa une enflure qui dura douzejours. Mais quand je l’eus piquée, elle ne me bouda quedouze secondes, et puis elle sourit. — O l’heureux tempsoù le bonheur me souriait !
Quant à Minka elle souriait plus rarement ; elle n’avaitpas les dents belles. Ses larmes l’étaient d’autant plus;aussi tout malheur d’autrui lui en faisait répandre, etelle était bienfaisante au delà de toute expression; elledonnait tout ce que la plus belle fille peut donner quandelle est charitable, mais pas davantage. Pauvre Minka!
Ce caractère si facile, si bonasse, formait un char-mant contraste avec son apparence extérieure. Unetaille de Junon, hardiment élancée, un cou orgueilleux,autour duquel s’entortillaient des boucles de cheveuxnoirs comme des serpents voluptueux; des yeux qui,sous leurs sombres arcades triomphales, rayonnaientd’un éclat dominateur; des lèvres de pourpre à cour-bure hautaine; des mains de marbre à geste impérieux,ayant par malheur quelques taches de rousseur; enoutre, elle avait à la hanche gauche un signe noir et veluen forme de poignard.
Si je vous ai conduit dans ce que l’on appelle : « Mau-vaise compagnie, » cher lecteur, songez qu'au moinselle ne vous a pas coûté autant qu’à moi.
Par la suite les femmes idéales ne manqueront pas dam