2!M ŒUVRES DE HENRI HEINE.
l’humanité tout entière! On m’a souvent fait l’injure dem’appeler pour cela paresseux, et l’on m’a puni en con-séquence , et il m’a fallu dès lors endurer beaucoup depeines et de souffrances pour mes pensées de bonheuruniversel. Les environs de Schnabelewops sont du restefort beaux : il y coule une petite rivière où l’on se baigneavec beaucoup de plaisir pendant l’été ; il y a aussi decharmants nids d’oiseaux dans les broussailles du rivage.La vieille ville de Gnesen, ancienne capitale de la Po-logne, n’est éloignée que de trois lieues. Dans la cathé-drale de cette ville est enterré saint Albert. On y voitson sarcophage en argent, et dessus, sa propre ressem-blance, de grandeur naturelle, avec mitre et crossed’évêque, les mains pieusement jointes, et tout celad'argent fondu... Saint d’argent! combien de fois jepense forcément à toi ! Hélas! que de fois mes penséesreprennent la route de Pologne ! et alors, je me retrouvedans la cathédrale de Gnesen, appuyé contre les piliers,près du tombeau d’Albert ; j’entends de nouveau retentirl’orgue comme si l’organiste répétait un morceau duMiserere d’Allegri; on murmure une messe dans unechapelle lointaine; les dernières lueurs du soleil tra-versent les vitraux peints des fenêtres; l’église est vide,seulement, devant le sarcophage d’argent, est agenouil-lée une personne en prières, une angélique figure defemme qui me jette vivement un regard oblique, mais seretourne aussi vivement vers le saint, et de ses lèvres sen-timentalement fines, murmure ces mots ; — Je t’adore 1