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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
yeux, et que, jusqu’au dernier moment, jusqu’à la chutedu rideau, elles demeurèrent dans la même situation.
Néanmoins, malgré ces oppositions dans les direc-tions de l’esprit et de la vie pratique, on retrouve dansle peuple anglais une unité de sentiments qui consisteen ce qu’il se sent un peuple. Les Têtes Rondes et lesCavaliers modernes peuvent se haïr et se mépriser réci-proquement , mais ils ne cessent point d’être Anglais :comme tels, ils sont unis et rattachés les uns aux autresainsi que des plantes qui ont poussé sur le même sol etqui y sont étroitement enracinées. De là ce secret ac-cord de toute ia vie et de tout le mouvement de l’Angle-terre, qui nous semble, au premier coup d’œil, un dédalede confusion et de contradictions. Opulence fabuleuseet misère, orthodoxie et incrédulité, liberté et escla-vage, cruauté et douceur, probité et filouterie.; ces con-trastes, vus dans leurs extrêmes les plus délirants, etpar-dessus le tout, le ciel de brouillards gris, ces ma-chines bourdonnant de toutes parts, les chiffres, leslumières du gaz, les cheminées, les journaux gigan-tesques, les cruches de porter, les bouches serrées, toutcela se lie tellement ensemble que nous ne pouvons ensupposer aucune partie sans l’autre, et ce qui, vu à part,exciterait l’étonnement ou le rire, nous apparaît, dansce tout compacte, une chose tout ordinaire et sérieuse.
Je crois, du reste, que la même chose nous arriverapartout, et dans les pays même dont nous nous faisonsdes idées plus bizarres encore, et où nous espérons encore