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rents peuples, tels quon les a stéréotypés dans les com-pendia et dans les cabarets à bière, ne peuvent plusnous servir à rien, sinon à nous jeter dans des erreursdéplorables. De même que nous avons vu pendant lesquinze dernières années se changer sensiblement sousnos yeux le caractère de nos voisins dOccident, nouspouvons, depuis la levée du blocus continental, recon-naître de lautre côté du canal une semblable métamor-phose. Les roides et silencieux Anglais vont par troupesen pèlerinage en France, pour y apprendre à parler età se mouvoir, et, à leur retour, on voit avec étonnementque leur langue sest déliée, quils nont plus, commeauparavant, deux mains gauches, et ne se contententplus de beefsteak et de plumpudding. Jai vu de mespropres yeux un semblable Anglais qui a demandé dansla Tawistock-Tavern un peu de sucre pour ses choux-fleurs, hérésie contre la vieille et sévère cuisine angli-cane, dont lhôtelier faillit tomber à la renverse, vu quilest notoire que, depuis linvasion romaine, le chou-fleurne sest jamais mangé en Angleterre que cuit à leau etsans aucun condiment doucereux. Ce fut ce même An-glais qui, encore que je ne leusse jamais vu auparavant,sassit près de moi, et commença un discours français siprévenant, que je ne pus mempêcher de lui avouer queje me réjouissais fort de trouver enfin un Anglais qui nefut pas réservé avec les étrangers; à quoi il répondit,avec autant de franchise et'sans sourire, quil parlaitavec moi pour sexercer dans la langue française.