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1 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

la journée hors de ses sombres ruelles, et alors ellesarrête avec ses yeux muets et éloquents, et tend unemain suppliante au riche marchand qui passe affairé etfaisant sonner ses écus, ou au lord oisif qui, tel quunDieu rassasié, traverse, monté sur un haut coursier,cette foule au-dessous de lui, sur laquelle il jette detemps en temps un regard noblement indifférent, commesi ce fussent de petites fourmis ou un tas de chétivescréatures dont la joie ou la douleur nont rien de com-mun avec ses sentiments. La noblesse anglaise, sem-blable à des êtres dune nature supérieure, plane eneffet au-dessus de cette canaille qui reste attachée ausol, et regarde la petite Angleterre comme son pied-à-terre seulement, lItalie comme sa maison de campagne,Paris comme son salon de compagnie, enfin le mondeentier comme sa propriété; ne connaissant ni inquié-tudes ni limites, ces gens volent bon leur semble,et leur or est un talisman qui réalise leurs désirs les plusinsensés.

Malheureuse pauvreté ! que ta faim doit être cruelle dautres regorgent dun insolent superflu ! Etquand on te jette par hasard dune main indifférenteune croûte de pain, combien amères doivent être leslarmes dont tu larroses! Tu tempoisonnes avec tespropres larmes. Tu as bien raison de chercher la com-pagnie du vice et du crime. Des criminels repoussésportent souvent plus dhumanité dans le cœur, que cesfroids et irréprochables épiciers de la vertu chez qui