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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
pait la bouche. Depuis que j’ai élé ainsi manipulé, jecrois fort et ferme au magnétisme. Mais elle ne frappaitpas fort, et je l’avais toujours mérité par quelque paroleimpie. Quand elle m’avait frappé, elle s’en repentaitaussitôt; elle prenait un gâteau, le rompait en deux,m’en donnait une moitié, et donnait l’autre moitié auchien brun, en disant avec un doux sourire: —Vousdeux, vous n’avez pas de religion, et vous ne serez pasélus; aussi faut-il vous donner des gâteaux dans cemonde, car il n’y aura pas de table mise pour vous dansle ciel. — Elle avait un peu raison; j’étais alors très-irréligieux ; je lisais Thomas Payne, le Système de laNature, l’Indicateur westphalien et Schleiermacher; jeme laissais pousser la barbe et la raison, et je voulaism’enrôler parmi les rationalistes. Mais lorsque la bellemain passait sur mon front, ma raison s’arrêtait, je mesentais rempli de doux rêves, je croyais entendre chanterdes cantiques, et je pensais à la petite Véronique.
Madame, vous ne pouvez pas vous figurer combienVéronique paraissait jolie dans son petit cercueil. Lescierges allumés qui étaient dressés autour d’elle, jetaientleur clarté sur son petit visage pâle et souriant, et surles rosettes de soie rouge et les feuilles de clinquantd’or dont sa petite tête et sa petite chemise mortuaireétaient ornées. La pieuse Ursule m’avait conduit le soirdans cette chambre tranquille, et en voyant ce petit cer-cueil , les cierges et les fleurs disposés sur la table, jecrus d’abord que c’était une belle image de sainte en