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1 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

pait la bouche. Depuis que jai élé ainsi manipulé, jecrois fort et ferme au magnétisme. Mais elle ne frappaitpas fort, et je lavais toujours mérité par quelque paroleimpie. Quand elle mavait frappé, elle sen repentaitaussitôt; elle prenait un gâteau, le rompait en deux,men donnait une moitié, et donnait lautre moitié auchien brun, en disant avec un doux sourire:Vousdeux, vous navez pas de religion, et vous ne serez pasélus; aussi faut-il vous donner des gâteaux dans cemonde, car il ny aura pas de table mise pour vous dansle ciel. Elle avait un peu raison; jétais alors très-irréligieux ; je lisais Thomas Payne, le Système de laNature, lIndicateur westphalien et Schleiermacher; jeme laissais pousser la barbe et la raison, et je voulaismenrôler parmi les rationalistes. Mais lorsque la bellemain passait sur mon front, ma raison sarrêtait, je mesentais rempli de doux rêves, je croyais entendre chanterdes cantiques, et je pensais à la petite Véronique.

Madame, vous ne pouvez pas vous figurer combienVéronique paraissait jolie dans son petit cercueil. Lescierges allumés qui étaient dressés autour delle, jetaientleur clarté sur son petit visage pâle et souriant, et surles rosettes de soie rouge et les feuilles de clinquantdor dont sa petite tête et sa petite chemise mortuaireétaient ornées. La pieuse Ursule mavait conduit le soirdans cette chambre tranquille, et en voyant ce petit cer-cueil , les cierges et les fleurs disposés sur la table, jecrus dabord que cétait une belle image de sainte en