XIII
Madame, sous les chaleureux hémisphères de Lédase couvait déjà toute la guerre de Troie, et jamais vousne pourrez comprendre les célèbres larmes de Priam,si je ne vous raconte d’abord la vieille histoire des œufsde cygne. C’est pourquoi je vous engage à ne pas vousplaindre de mes digressions. Il n’y a dans les chapitresprécédents pas une seule ligne qui ne se rapporte ànotre histoire; j’écris serré, j’évite le superflu, je meprive même souvent du nécessaire ; par exemple, je n’aipas cité une fois convenablement (je ne dirai pas desesprits, je veux parler au contraire des écrivains), etpourtant les citations des écrivains anciens et nouveauxsont le plaisir favori d’un jeune auteur, et quelquescitations bien savantes parent bien leur homme. N’allezpourtant pas croire, madame, que c’est chez moi fautede connaître assez de titres de livres. Je possède d’ail-leurs les finesses des grands esprits qui s’entendent très-bien à dépiquer les raisins dans le baba, et les citationsdans les cahiers de collège. En cas de besoin, je pour-rais faire un emprunt de citations auprès de mes savants