Druckschrift 
1 (1861)
Entstehung
Seite
189
Einzelbild herunterladen
 

REISEBILDER.

189

le sort de ce petit cheval. Lempereur se penchait né-gligemment sur sa selle, presque sans tenue; dune mainil tenait sa bride élevée, de l'autre il frappait amicale-ment le cou du petit cheval... Cétait une main demarbre qui éclatait au soleil, une main puissante, unede ces deux mains qui avaient dompté lanarchie, lemonstre aux mille têtes, et réglé le duel des peuples; etelle frappait bonnement le cou de ce cheval. Sa figureavait aussi cette couleur que nous trouvons dans lestêtes de marbre des statues grecques et romaines; lestraits étaient noblement réguliers comme ces figuresantiques, et dans ses traits on lisait: « Tu nauras pasdautre Dieu que moi. » Un sourire qui échauffait etdonnait le calme voltigeait sur ses lèvres, et cependanton savait que ces lèvres navaient quà siffler, et laprusse nexistait plus. Elles navaient quà siffler ceslèvres, et le Vatican sécroulait. Elles navaient quàsiffler, et tout le saint empire romain entrait en danse.Et ces lèvres souriaient, et lœil souriait aussi. Cétait unœil clair comme le ciel, il pouvait lire dans le cœur deshommes; il voyait rapidement, dun regard, toutes leschoses de ce monde, tandis que nous, nous ne les voyonsque lune après lautre, et que souvent nous nen aper-cevons que les ombres colorées. Le front nétait pasaussi serein : planait le génie des batailles; se ras-semblaient ces pensées aux bottes de sept lieues, aveclesquelles 1e génie de lempereur traversait le monde,et je crois que chacune de ces pensées eût fourni à un

11 .

i.