pas un bonheur véritable, et que, dans les quelquesmoments d’un état d’esprit plus libre et plus divin , oùl’homme possède toute sa dignité intellectuelle, il peutjouir d’une plus grande somme de bonheur qu’il ne pou-vait éprouver pendant les longues années où il a végétédans l’humble et abrutissante foi du charbonnier.
En tout cas, cette domination de l’Église était unasservissement de la pire espèce. Qui nous garantissaitla sincérité de sa bonne intention, telle que je l’ai dési-gnée tout à l’heure? Qui peut prouver qu’il ne s’y soitpas mêlé de temps à autre une intention quelque peuéquivoque? Rome a toujours voulu dominer, et lorsqueses légions succombèrent, elle envoya des dogmes dansles provinces. Pareille à une araignée gigantesque,Rome se tenait blottie au centre du monde latin, etenveloppait l’univers de sa toile infinie. Des générationsde peuples passaient, à l’abri de cette toile, une vie denaïve et de béate quiétude, en prenant pour la voûte duciel ce qui n’était qu’un tissu romain. Seulement lesesprits plus pénétrants, et doués d’un plus libre essor,se sentaient oppressés et misérables sous cette toilemensongère, et quand ils voulaient la rompre et s’enéchapper, alors la rusée grande araignée les attrapaitaisément, et suçait le sang le plus intrépide de leurcœur. En vérité, le bonheur imaginaire et brutal de lamultitude n’était-il pas acheté trop cher, au prix d’unsang si noble? Grâce à Dieu ! les jours de la servitude in-tellectuelle sont passés. Affaiblie par l’âge, la grande