contrastent entre elles avec beaucoup de charme, quandon sait personnifier le caractère de chaque vallée. Cesont trois femmes entre lesquelles il est difficile de déci-der quelle est la plus belle.
J’ai déjà chanté la gentille et douce Use et le gentil etdoux accueil que j’en ai reçu. La Bode, beauté sombre,m’a accueilli moins gracieusement, et quand je l’aperçusd’abord dans la noire contrée du Rübeland, elle avaitl’air boudeur, et s’enveloppa dans un voile de pluie d’ungris argenté ; mais elle se hâta de le rejeter avec pas-sion, quand j’arrivai sur la hauteur de la Rosstrappe, etses traits éclatèrent à mes yeux au milieu d’une magni-ficence de lumière. Toute sa physionomie respirait unetendresse colossale, et de son sein de rochers s’exha-laient comme des soupirs amoureux et des accents delangueur mélancolique. Moins tendre, mais plus gaie,parut à mes yeux la belle Selke, belle et aimable dame,dont la noble simplicité et le calme serein éloignenttoute idée de familiarité sentimentale, mais qui trahitpourtant par un sourire à demi caché quelques dispo-sitions taquines. Ainsi je serais tenté d’attribuer à cesdispositions une foule de petits désagréments que j’es-suyai dans la vallée de la Selke ; par exemple, voulantsauter le cours d’eau, je suis tombé tout juste au milieu;puis, ayant changé ma chaussure mouillée contre despantoufles, l’une d’elles se perdit; puis le vent emportama casquette; puis les ronces me déchirèrent les jambes,puis, etc., etc. En dépit de toutes ces petites contra-