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76 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
si liin eût pu lire dans les yeux de l’autre, et ses yeux,rayonnaient comme s’il y fût tombé quelques goutteslumineuses de cette coupe flamboyante que l’ange del’amour porte là-haut d’une étoile à l’autre. Ils parlaientà demi-voix, avec un accent de mélancolie, et se disaienttoujours des histoires dans lesquelles vibrait un sonétrangement douloureux. « Lise est morte aussi main-tenant! dit l’un; et il soûpira, et, après une pause, ilconta l’aventure d’une jeune fille de Halle qui était de-venue amoureuse d’un étudiant, et qui, lorsque celui-ciquitta la ville, ne parla plus à personne, mangeait peu,pleurait jour et nuit, et contemplait sans cesse le serindes Canaries dont son amant lui avait fait don : « L’oi-seau mourut, et bientôt Lise mourut aussi ! » Telle futla fin du récit, et les deux jouvenceaux recommencè-rent à se taire et à soupirer comme si leur cœur allaitéclater. Enfin, l’un dit à l’autre : — Mon âme est triste !Sors avec moi dans la nuit obscure, je veux respirerl’baleine des nuages et les rayons de la lune. Compa-gnon de ma douleur, je t’aime ! Tes paroles résonnentà mon oreille comme les murmures des ruisseaux,comme les torrents qui coulent; elles résonnent tou-jours dans mon sein, mais mon âme est triste ! —
Alors se levèrent les deux jouvenceaux; l’un passason bras autour du col de l’autre, et ils quittèrent lasalle bruyante. Je les suivis et les vis entrer dans unechambre sombre, l’un ouvrir, au lieu de fenêtre, unegrande armoire d’habits, et tous les deux se tenir devant