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OEUVRES DE HENRI HEINE.
humectait mes joues. Les sapins me comprenaient,leurs branches s’écartaient, s’agitaient en haut et enbas, comme des hommes muets qui expriment leur joieavec leurs mains; et dans le lointain retentissaient dessons mystérieux, comme ceux d’une cloche de chapelleperdue dans les bois. On dit que ce sont les clochettesdes troupeaux qui, dans le Hartz, sont accordées avecautant de charme, d’éclat et de pureté.
D’après la hauteur du soleil, il était midi quand jerencontrai un de ces troupeaux, et le berger, jeunehomme blond, à figure avenante, me dit que la grandemontagne au pied de laquelle je me trouvais était levieux et célèbre Brocken. Il n’existe aucune maison àplusieurs lieues à la ronde, et je fus assez content quele jeune homme m’invitât à manger avec lui. Nous nousassîmes devant un déjeuner dînatoire qui consistait enpain et fromage. Les petits moutons ramassaient lesmiettes, et les jolies génisses sautaient autour de nous,faisaient gaiement sonner leurs clochettes, et nous sou-riaient avec de grands yeux. Nous festinâmes commedes rois. Mon hôte surtout me parut un vrai roi, etcomme il est jusqu’ici le seul roi qui m’ait donné dupain, je veux, en récompense, le chanter royale-ment :
Il est roi, le jeune berger;
La verte colline est son trône:
Le s jleii sur sa tète
Est sa couronne pesante, sa couronne d’or.