disent que le diable l’a autrefois établie, une nuit, surle marché. A cette époque les gens étaient encore bêteset le diable bête aussi, et ils se faisaient réciproquementdes cadeaux.
La maison de ville de Goslar est un corps de gardebadigeonné en blanc. La maison des Guildes, qui estauprès, a déjà meilleure façon. A peu près à égale dis-tance du sol et du toit se détachent les statues des em-pereurs allemands noircis comme par la fumée et dorésen partie, le globe terrestre dans une main et le sceptredans l’autre. Ils ont l’air d’huissiers d’université rôtis.L’un de ces empereurs tient une épée au lieu de sceptre.Je n’ai pu deviner ce que veut dire cette différence, quidoit pourtant avoir sans aucun doute un sens, vu que lesAllemands ont la remarquable habitude d’avoir une idéedans tout ce qu’ils font.
J’avais lu dans le Manuel de Gottschalk beaucoup dechoses sur le dôme antique de Goslar et sur le célèbretrône des empereurs. Quand je voulus voir ces deuxobjets, on me répondit que le dôme avait été abattu etle trône impérial transporté à Berlin. Nous vivons dansun temps cruellement significatif : des dômes millé-naires sont brisés, et des trônes impériaux jetés augarde-meuble.
On montre maintenant dans l’église de Saint-Étiennequelques curiosités du défunt dôme : des vitraux admi-rables, quelques mauvais tableaux, parmi lesquels il enest un, dit-on, de Lucas Cranach, puis un Christ sur la