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ŒUVRES DE HENRI HEINE,
cria tout d’un coup du ton le plus formidable de sondésespoir gigantesque : « Silence! Taisez-vous! J en-tends la voix de mon cher Prométhée : la force insul-tante et la violence muette de la sainte alliance ontenchaîné le héros sur un rocher dans l’Océan, et votrebavardage et vos querelles ne peuvent rafraîchir sesblessures, et briser ses fers! » Ainsi parla la déesse, etdes ruisseaux de larmes coulèrent de ses yeux. Toutel’assemblée hurla comme saisie d’une angoisse de mort,la voûte craqua, les livres roulèrent de dessus leursrayons. Ce fut en vain que le vieux Münchhausen sortitde son cadre pour ordonner le calme ; le tumulte et levacarme devenaient toujours plus épouvantables. Jem’enfuis loin de ce tintamarre de'frénétiques, et me ré-fugiai dans la salle consacrée à l’histoire, à la placed’asile où l’Apollon du Belvédère et la Vénus de Médicissont auprès l’une de l’autre, et je tombai aux pieds dela déesse de la beauté. A son aspect, j’oubliai l’affreuxvacarme auquel j’étais échappé; mes yeux burent avecravissement les harmonies et l’éternelle amabilité de sesformes célestes, le calme grec se répandit dans toutemon âme, et sur ma tête Phébus-Apollon versa les plusdoux' accords de sa lyre.
En m’éveillant, j’entendis encore des sons cares-sants : c’étaient les troupeaux qui partaient pour lepâturage, et faisaient retentir leurs clochettes. La bonnelumière dorée du soleil entrait par la fenêtre, et éclai-rait les images qui tapissaient les murs de la chambre.