P RÉFACE.
esprit* étaient tombés dans une léthargie de désespoir, etl’homme qui, alors, osa parler encore, dut se prononcer avecd’autant plus de passion qu’il désespérait de la victoire de laliberté, et que le parti de la prêtrise et de 1 aristocratie sedéchaînait davantage contre lui. J’emploie les expressions prê-trise et aristocratie , par habitude seulement, car je m’étaistoujours servi à cette époque de ces mots, quand, seul, jesoutenais cette polémique contre les champions du passé. Cesmots étaient compris de tout le monde, et, je dois l’avouer,je vivais encore alors de la terminologie de 1789, et j’étalaisun grand luxe de tirades contre le clergé et la noblesse, ou,comme je les ai appelés, contre la prêtrise et l’aristocratie ;mais j’ai marché depuis plus loin dans la voie du progrès, etmes bons Allemands qui, éveillés par le canon de juillet, ontsuivi mes traces, et parlent à présent le langage de 1 1 89, oumême de 1793, sont encore si éloignés de moi, qu’ils m’ontperdu de vue et me croient resté en arrière. Je suis accuséde modérantisme, d’intelligence avec les aristocrates, et jevois déjà poindre le jour où je vais être prévenu de conni-vence avec la prêtrise. Le fait réel est qu’aujourd’hui, sous lemot aristocratie, je ne comprends pas seulement la noblessede naissance, mais tous ceux, quelque nom qu’ils portent, quivivent aux dépens du peuple. La belle formule que nous de-vons, ainsi que beaucoup d’excellentes choses, aux Saint-Simoniens, l’exploitation de l'homme par l'homme, nousconduit bien par delà toutes les déclamations sur les privi-lèges de la naissance. Notre vieux cri de guerre contre lesacerdoce a été également remplacé par une meilleure devise.Il ne s’agit plus de détruire violemment la vieille église, maisbien d’en édifier une nouvelle* et bien loin de vouloir anéantir