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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
XI
LES FIANCÉS PRÉDESTINÉS.
Tii pleures, tu me regardes, et tu t’imagines que c’estmon infortune qui te fait pleurer. Tu ne sais pas, femme,qu’elles coulent pour toi-même, ces larmes que versenttes yeux.
Oh! dis-moi, ton cœur n’a-t-il jamais eu un soupçon,une lueur subite, te révélant que la volonté du sort nousavait destinés l’un à l’autre? Unis, ce devait être pournous le bonheur; séparés, c’était la ruine.
Il était écrit dans le grand livre du destin que nousdevions nous aimer. Ta place était sur ma poitrine;c’est dans mes bras que se serait éveillée la consciencede ton être, c’est par mes baisers, ô douce fleur ! que jet’aurais délivrée de la torpeur d’un sommeil végétal;mon souffle aurait allumé en toi la flamme des bellespassions humaines, je t’aurais élevée vers moi, élevéevers la suprême vie, je t’aurais donné une âme!
Maintenant que toutes les énigmes sont dévoilées,maintenant que le sable achève de s’écouler dans lesablier, oh! ne pleure pas; cela devait être ainsi. Jem’en vais, et toi, restée seule, tu vas te flétrir ; tu vas teflétrir avant de t’être épanouie, tu vas t’éteindie avantd’avoir été enflammée ; tu vas mourir, tu es morte, avantd’avoir vécu !