LE LIVRE DE LAZARE.
361
colin-maillard avec de jolis petits anges, je voudraisentin goûter le bonheur et le repos ! »
On entend alors un frôlement de pantoufles quitraînent, on entend retentir aussi le cliquetis d’un trous-seau de clefs, et par un guichet de la porte Voici queparaît le visage de saint Pierre.
Il dit : « Il nous vient ainsi des vagabonds, des Bohé-miens, des chenapans, des marchands de contre-marques,des Hottentots, soit isolés, soit par troupes, qui veulenttous entrer au ciel et devenir des anges et des bien-heureux. Holà ! holà ! ce n’est pas pour des gibiers depotence, pour des vauriens de votre espèce que sont con-struits les célestes palais. Vous êtes la propriété de Satan.Holà! vite, qu’on parte d’ici! Allez, et promptement,allez chercher les gouffres noirs de l’éternel enfer. »
Ainsi grogne le vieux saint Pierre, mais il ne persistepas longtemps dans sa mauvaise humeur; il prononce àla fin d’une voix débonnaire ces consolantes paroles :« Pauvre âme, tu ne semblés pas appartenir à cette racede coquins. Non, non ! j’accomplirai tes désirs, parceque c’est précisément ma fête aujourd’hui et qu’unefantaisie de compassion m’attendrit l’âme. Dis-moi dequel royaume et de quelle ville tu es; dis-moi aussi situ as été marié. La patience conjugale expie souvent lesplus graves péchés de l homme. Un mari n’a pas besoinde cuire à l’étuvée dans l’enfer, et on ne le fait pasattendre devant les portes du ciel ! »
21