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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
« Aussitôt, les requins s’élancèrentdu sein des vagues;ils arrivaient par bataillons; ils aiment tant la chairnoire ! Ce sont mes pensionnaires.
« Ils suivaient la trace de notre navire depuis que nousavons quitté la côte. Les scélérats flairent l’odeur descadavres avec des narines de gourmet.
« C’est tout à fait comique de les voir happer lesmorts. Celui-ci croque une tête, celui-là une jambe; lesautres avalent des lambeaux de chair.
« Quand tout est dévoré, ils se trémoussent joyeuxautour des flancs du navire et me regardent avec degrands yeux de verre à fleur de tête, comme s’ils vou-laient me remercier du déjeuner. »
Van Koek en soupirant lui coupe la parole : « Com-ment adoucir le mal? comment arrêter le progrès de lamortalité? »
Le docteur répond : « Beaucoup de noirs sont mortspar leur faute : c’est leur mauvaise odeur qui a cor-rompu l’air de leur prison sous le pont.
«Beaucoup aussi sont morts de mélancolie, parcequ’ils s’ennuyaient à périr. Un peu d’air, un peu de mu-sique et de danse suffira pour guérir le mal. »
« Bon conseil! s’écrie van Koek. Mon cher Esculapenaval est sage comme Aristote, le précepteur d’A-lexandre.