272
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
fusées qui saluent la résurrection de mademoiselle Son-tag? Elle sort de sa tombe de vingt ans, et avec ellerevient toute la vieille musique.
Le piano résonne. — Voilà aussi Listz qui revient,le chevalier Franz Liszt; il vit, il n’est pas étendu san-glant sur un champ de bataille de la Hongrie ; ni unRusse, ni un Croate ne l’a tué.
Le dernier boulevard de la liberté vient de crouler, etla Hongrie verse sa dernière goutte de sang, — Mais lechevalier Franz est resté sain et sauf ; il se porte bien,lui et son sabre d’honneur ; le sabre est serré dans sacommode.
Franz vit, il vivra longtemps, et vénérable vieillard,il racontera à ses petits-fils les grands faits et gestes dela guerre de Hongrie. —C’est ainsi, dira-t-il avec sirJohn Falstaff, c’est ainsi que je fis la passe et que je ma-niai mon sabre.
Quand ce nom de Hongrie frappe mon oreille, mongilet de flanelle allemand me devient trop étroit; c’estcomme si une mer s’agitait au-dessous, et je crois en-tendre le son des clairons.
Dans mon cœur résonnent de nouveau les exploitslégendaires oubliés depuis si longtemps, le chant bardéde fer des vieux temps, le chant de la ruine de Nibe-lungen.
C’est le même labeur héroïque, ce sont les mêmes